Lobster
February 8th, 2010


Lorsque je suis revenu à Paris en janvier 2007 après un voyage de trois mois en Amérique du Sud, un ami m’avait invité a venir manger une saucisse frite sur les Champs-Élysées. Prétextant une annonce à me faire, il a éclaté de rire en écrivant ces mots sur une serviette papier: “j’ai gagné mon pari, je vais être publié chez Casterman!”
Les paris, on ne sait plus si on en a fait, ni lesquels, mais certains y croient et font tout pour y arriver.
“Bordel , je t’embrasse !”
Il m’avait fait comprendre que c’était tombé sur lui tout a fait par hasard, et qu’il a seulement trois mois pour la faire “c’est fou… faire 150 pages en trois mois, je suis fou de dire oui”
“je ne sais pas d’où tu sors ce pari…”
Il ré-éclate de rire.
“Merde aux paris, je vais faire une bd alors, dix ans que j’ai arrêté. Il est temps pour moi d’y revenir. Et l’Amérique du sud, …”
Voilà comment est né Americana.
Il m’a fallu un moment pour trouver une histoire, et le style graphique qui va avec. C’est devenu un récit à mi-chemin entre le vécu (pour ne pas dire l’autobiographie) et la fiction. Entre l’insouciance et la réalité. Entre le désir et l’envie…
Une ballade sud-américaine en somme, l’Americana de nos vies.
Je suis content de la faire, à chaque case dessinée, c’est revivre ce voyage.


Hasta la vista !

Quel sentiment étrange…. une sale impression, oui… une sale impression, tant que je répète cette expression, elle sera toujours là, attendant d’être effacée.
Joseph lui avait écrit une lettre, une longue lettre d’impressions. avec ses maladresses quelquefois. Il ne l’avait pas vue depuis un moment. Joseph n’était plus du tout sûr de ses pensées. Dans ce bar, il voyait ses amis bavarder, le café se refroidir, il voyait la pluie tomber dehors. Ses amis à lui, il s’ennuyait comme eux.
“Tu écris maintenant?”
La feuille de joseph, pliée en deux était déjà noircie à moitié. Sans doute Artaud ne l’avait pas remarqué en lui prononçant lentement ses mots. Il s’emportait souvent dans sa discussion. Joseph n’y avait pas prêté attention non plus. Peu importe, chacun vit dans ses pensées. Joseph est plus à l’aise avec ses mots sur le papier qu’Artaud avec ses mots sur ses lèvres. Joseph se souvenait d’une phrase qu’avait dit une personne qu’il n’avait plus revu, mais qu’il gardait en mémoire. ” tu parles comme tu écris, moi j’écris comme je parle..” Ses pensées, Joseph avait du mal à s’y dégager. Elles sont comme un produit indissoluble. C’est ainsi qu’il écrivit cette lettre, pour elle, à elle. “Mais que de mots! que signifient-ils pour moi sinon pour elle? Écrire pour moi, ou écrire pour elle?” Un dilemme dont Joseph avait du mal à comprendre.
-”Pourtant, ce n’est pas par ennui, J’y ressens le besoin d’écrire, en ce moment même car ma pensée le dit”
Artaud ne répondit rien, sans doute restait-il plongé dans ses réflexions. il s’obligea seulement à secouer sa tête par signe de satisfaction. “Moi comme Lui. Lui comme Moi.” Artaud prit son stylo et se mit à dessiner sur la nappe de papier tapissant notre table. Sous le regard de Simone et Jacques. Les deux buvaient leur café, vidaient leur tasse et s’en allaient griller une clope. Simone ne prenait que du tabac à rouler; du tabac Hollandais, comme toujours, à l’odeur forte et piquante. Joseph, ses yeux sur sa lettre pour Elle. La fumée que crachait Simone embrumait ses pensées.
“Elle est belle, Elle, je ne pense qu’à Elle. Jamais un jour ne se passe sans qu’Elle sévit dans ma pensée. Des flashes langoureux cependant brefs.”
-”Comment vous pouvez avoir une telle mélancolie dans les yeux… La pluie n’est pas une raison au moins” nous adressait Simone. Elle restait perplexe en observant Joseph et Artaud, avachis dans leurs occupations. Joseph ne répondit rien, il n’est pas à l’aise avec la parole, laissant le bon soin à Artaud.
-”Oh rien, un passe temps…”
-”Appelle cela comme tu veux, Artaud… Bon j’en sais rien de tout ce qu’il se trouve dans votre tête.”
Simone resta exaspérée par la réponse d’Artaud, Elle prit une grosse bouffée de tabac pour la recracher ensuite à la longue. Formant une brume épaisse qui ne permettait ni à Joseph, ni à Artaud de voir ce qu’ils faisaient, sur la table.
Joseph pensait toujours à Elle lorsqu’il la finissait, sa lettre. Il aurait aimé la continuer de plus en plus longue car ses mots à lui pour elle ne manquaient pas. ” Oh merde….” son insulte à lui même.
-”Oh merde…” répétait Artaud
Il s’était passé une semaine depuis que joseph avait posté la lettre, Il l’avait mise rapidement dans la boîte rouge, sans arrières-pensées. Quand va-t-elle arriver jusqu’à Elle? Il n’en savait rien, sûrement dans un bon moment. Ces temps-ci la poste était revenue à la période de l’Aéropostale, un temps immémorial sûrement.
Le soleil était de retour depuis quelques jours, sauf que cette fois ci, un froid soufflait dans les rues de Paris. C’était les vacances scolaires. La semaine touchait à sa fin.
Pensée – Elle me manque, sa présence est parmi moi, mais elle me manque. Rien que la voir dans l’espace d’une seconde est en tout points similaire à ce que je ressens devant elle durant de longues heures; un sentiment troublé -
Joseph la revit. L’ absence de contact l’avait quelque peu déboussolé durant un bon moment, des passages brefs et un échange rapide avaient éclipsé l’intérêt de leur rencontre imprévue. Elle partit comme elle était arrivée. Un souffle, une brise légère. Joseph resta planté là où elle disparut de sa vue. Sans jamais quitter sa pensée.
Il se refusa à penser à elle. Estimant que trop de choses ne pouvaient être réalisées avec un tel voile. Ce voile de sentiments, lourd à porter et invisible. Joseph savait qu’elle n’avait pas reçu sa lettre à Elle. “Demain ou après-demain, c’est sûr, tu verras” prémonition réalisée.
J’abandonne…. pas elle… Avant.
Pour revivre au moment présent. Maintenant.
Ai que prazer
não cumprir um dever.
Ter um livro para ler
e não o fazer!
Ler é maçada,
estudar é nada.
O sol doira sem literatura.
O rio corre bem ou mal,
sem edição original.
E a brisa, essa, de tão naturalmente matinal
como tem tempo, não tem pressa…
Livros são papéis pintados com tinta.
Estudar é uma coisa em que está indistinta
A distinção entre nada e coisa nenhuma.
Quanto melhor é quando há bruma.
Esperar por D. Sebastião,
Quer venha ou não!
Grande é a poesia, a bondade e as danças…
Mas o melhor do mundo são as crianças,
Flores, música, o luar, e o sol que peca
Só quando, em vez de criar, seca.
E mais do que isto
É Jesus Cristo,
Que não sabia nada de finanças,
Nem consta que tivesse biblioteca…
F.Pessoa





Beaucoup de sommeil, et souvent des cauchemars…





Un aperçu sur quoi je vais m’atteler cette année une fois Americana terminé. Une histoire très sombre nommée “La brèche”… A bientôt !

Tous mes voeux pour 2010 !
All my greetings for 2010 !






Helsinki, Finlande – Hiver 2004